Cabaret d’hiver – 11 février 2017 – à Terre Blanque

Mes chers petits amis,

Ah, il en a de bonnes, le Baron Noir.
Il y a quelques jours de cela, le sinistre dandy descendait de son château sur la falaise pour honorer le Val d’une de ses visites toujours si distinguées. Il était entré en trombe dans la grande salle du cabaret, déferlant tel un ouragan caribéen sur le frêle hamac que j’avais disposé en travers de la scène, et dans lequel je reposais benoîtement d’un sommeil léthargique.

Sa voix puissante vint chatouiller mes tympans ensommeillés, avec l’insistance dévastatrice d’ un Louis Armstrong arc-bouté contre les remparts de l’antique cité de Jericho. Puis, comme si le bougre doutait de son effet, il saisit à pleine main le rebord externe de mon filet d’Hypnos, et d’un coup sec, le tira sauvagement vers le haut, Confirmant ainsi par voie gravitaire l’ordre d’éveil immédiat qui m’était intimé . Il m’en reste un hématome conséquent sur la hanche gauche.

« Regardez ça, mon cher monsieur Lucien, » trompéta-t’il joyeusement avant même que je ne puisse me dresser sur mon séant. « Je n’ai trouvé le sommeil de toute la nuit ça bouillonnait et du coup j’ai fait ça c’est cool hein on va en mettre partout ». Il me fallut une bonne paire de secondes pour remettre la ponctuation en place.

Vingt minutes plus tard, le Baron avait ingurgité trois cafés aussi noirs que son âme, et chauds à s’en écorcher la langue. sur un ton un peu plus posé, il me présentait fièrement sa dernière grande idée. « J’ai conçu cette nuit un petit flyer pour le cabaret, qu’il nous suffit de distribuer un peu partout. »

« Baron, mon cher, enchainais-je après un examen approfondi, ce document est d’excellente facture, je n’en disconviens pas. Mais dites-moi, vous comptez déposez tout cela où, exactement?
– Qu’en saurais-je, moi? répondit-il distraitement. Je n’ai pas de temps à consacrer à ces vétilles, et d’ailleurs, je dois remonter instamment au château. »

Ah, j’avais l’air fin, planté là au milieu de la grande salle, et ma pile de flyers en main. Par bonheur, une solution se dessina dans mon esprit machiavélique quelques heures plus tard, lors du passage inopiné de quelques membres de la Revanche Prolétaire, un syndicat d’ouvrier local dont les membres constituent une proportion non négligeable de la clientèle régulière du cabaret. Ils étaient en route pour le vieux hameau de Waldeck, situé quelques kilomètres plus loin, à flanc de val. Selon leurs dires, quelques jeune du village, en butte aux soucis d’hébergement qui sont devenus monnaie courante dans la contrée, y auraient élu domicile. Ils prétendraient rebâtir une partie des lieux pour leurs besoins, et l’endroit serait nommé « l’antre du Satyre », en références à une obscure légende locale dont je vous toucherais un mot un autre jour. En guise d’ouverture de chantiers, les petits trublions organisaient une première fête sur le site.

Le plan était parfait. Je me débarassais donc de la pile de flyers dans les mains caleuses des ouvriers en goguette. Il étaient plus qu’heureux de contribuer à propager la bonne parole, et ne se firent pas prier. Quant à moi, délivré de cette encombrante obligation, je pouvais sans remord retourner à mon hamac, et m’y consacrer mon loisir favori : maudire l’humanité.

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Cabaret d’Hiver

samedi 11 février – Terre blanque – prix libre au chapeau

Accueil dès 19h, musique au bar.

Repas sur réservation,
spectacles à partir de 20h:
Gogo détox (chanson dégenrée) – Basic Basinct (technopunk) – Lucien Trotzdem (Agitiateur rétropunk polymorphe, dixit le Baron Noir en personne)

Venez costumés, dans le thème des cabarets rétro steampunk!

Je vous invite également à visiter régulièrement le site www.leserrances.org, consacré au cabaret et aux projets attenant, afin de connaitre à l’avance la programmation, et découvrir nos petites folies.

Lucien Trotzdem,
Maitre de cérémonie.
Réservations pour le repas: 06.20.55.86.50