“Cabaretum Valetae – Epilogue

Le convoi poursuivait paresseusement son chemin sur la chaussée cahoteuse et déformée. A l’arrière de son phaéton, Lucien Trotzdem, engoncé dans son fauteuil massif tendu de velours rouges et noirs, contemplait fixement la flamme vacillante de l’unique bougie qui, en dépit des trépidations incessante du voyage, éclairait la cabine aveugle d’une lumière jaunâtre et maladive, et qui portait sur les cloisons vermoulues d’inquiétantes ombres, longues et rasantes.

– Te voici donc, dit Lucien d’une voix résignée.
– Me voici, oui, répondit la voix enjôleuse. Alors, n’as-tu pas passé un bel été ?
– Tu le sais bien. Tu étais là. Tout le temps, répliqua Lucien, amer.
– Tu le savais. Je te l’avais annoncé.
– Tout de même.

Un silence pesant s’installa dans la cabine. Un de ces silences gêné, un de ceux au cours desquelles on comptait les cahots des pavés sous les roues, en souhaitant presque que l’une ou l’autre vint à rompre des suites des à-coups de la chaussée irrégulière pour mettre fin à cet interminable suplice. En pareil circonstance, certains disent qu’un ange passe. Il et certain que si c’eût été le cas, Lucien eût sorti une vingt-deux en criant « Pull ! » Mais aucun chérubin ex-machina ne vint au secours du supplicié.

Une fois les nerfs du maître de cérémonie portés à leur point de rupture, et seulement à ce moment là, la voix se décida à reprendre :
– Comme je l’avais dit. Tout cela désormais voyage avec vous ; Tout cela désormais est en vous. Et avec vous je serais là.