Des nouvelles du Grand Festin (2)

Mes chers petits amis.

Il remonte à mes neurones enfumés le fait que cela fait un temps considérable que je n’ai pas ramené ma fraise avec mes mégalomanies lyriques. Celà ne signifie en aucun cas que je n’ai rien foutu au cours cette longue période pas si paisible qu’il n’y paraît, mais c’est juste que j’ai légèrement omis de vous faire part des progressions du Grand Festin. Réparons donc céans ce regrettable oubli.

Pour commencer, une petite remise en contexte. Le Grand Festin est un projet à trèèès long terme pour les Errances, puisqu’il s’agit de cristaliser en une œuvre unique la quinte essence de nos esprits dérangés. Une œuvre collossale, donc, et qui prendrait la forme d’un opéra punk. Enfin bon, ça, c’est l’idée de base. Relever un tel défi est pour nous une gageure de taille, et je pléonasmise sévère. Pour parer au problème, nous evisageons fortement de morceler le schmilblick en plusieurs étapes autossuffisantes.

Le texte d’abord ; une étape cruciale, déjà bien avancée, et qui pourrait déboucher sur une publication à part, un nouvel opus de la collection des Errances, un série encore à naître. Bientôt une adaptation du Grand Festin au théâtre ?
En suite la musique. C’est le coeur de de mon propos en ce moment. Les compos de l’acte I ont bien avancé, comme vous le découvrirez plus bas. On rêve déjà de faire enregistrer tout ça. Pourquoi ne pas sortir un album par acte, une sorte de pentalogie ? Ce mot est décidément trop affreux. Il faudra trouver un vocable plus euphonique…
Quand à une interprétation sur scène, avec mise en scène provoquante, orchestre symphonique et section disto de campagne, il faudra patienter encore un peu.

Comme vous pouvez le lire, on rêve beaucoup, on est pas très réaliste, et on ne doute de rien. Trotz den Realitaet, comme je dis toujours…. Sur un terrain plus concret, je vous livre aujourd’hui non pas une mais deux scènes, intitulées respectivement « L’entrée de Gibus Barnier, régisseur général des Errances » et « L’entrée de Louvreur, squatteur patenté ». Les deux morceaux constituent un diptyque qui voit une clique de canivauriens se rassembler autour du Baron Noir, dans l’intention de fomenter un coup fumant.

Mais voici qu’a nouveau ma plume glisse sur le clavier, et que j’étale ma prose comme je beurre mes tartines – c’est à dire des deux côtés. Je vous laisse avec les textes et les musiques des scènes 2 et 3 de l’acte I.

LTMC

Scène 2

Entrent Gibus Barnier et les premiers cliquards. Parmi eux, une ou deux filles de la nuit, infiltrées

Gibus : Entrons, mes bons amis. Salut à toi, Baron,
Du haut de la falaise, le seigneur du château!

Baron: Entrez, mes bons amis. Passez sous le linteau
Et entamez céans ce sextoir de houblon.
Je ne veux entre nous nulle de ces courbettes,
Et fi de l’étiquette et des titres ronflants.
Je t’en prie, compagnon, négligeons l’entregent,
Je ne suis pas seigneur, mon nom je le rejette.

Gibus: Je n’oublie pas, Baron. Cette antique demeure
Chargée de souvenirs pour toi si douloureux,
Tu sais la partager, avec les miséreux
Avec les anarchistes et gens de basses mœurs.
Louvreur et ses compains ne devraient plus tarder
Le chemin est bien long pour monter la falaise,
La route est escarpée, les ronces y prennent leurs aises
Un sentier périlleux, par nature gardé.

Baron: Laissons-les achever la grande transhumance
Pose toi à ton aise, et ôte ton manteau.
Profite donc du soir, il est encore bien tôt,
Car demain s’ouvriront les portes des Errances.

Gibus: En effet. Demain vient le soir tant attendu :
Le cabaret entame une nouvelle saison ;
Et ce vieux mastroquet porte haut le blason
Des plus secrets des vices et du fruit défendu.
Dès demain, je serais à nouveau sur la lice
De cet estaminet, l’Eden des échansons
Je suis le régisseur, pourvoyeur de gros son
Allumeur des lampions, fantôme des coulisses.

Baron: C’est avec impatience que nous nous préparons
Dans la plus grande joie pour cette folle soirée.
De nos plus beaux atours nous nous serons parés;
Tout le Val y sera, bourgeois et tâcherons.
Mais voici, mon très cher, qu’à nouveau retentit
La sonnette joyeuse aux battants du portail.
Puisqu’ ici on ne craint ni huissier ni flicaille,
Il ne peut donc s’agir que de nos bons amis

Gibus: Je me vois impatient de lancer les débats
Au plus vite et avant que mes sens ne s’émoussent.

Baron: Accueillons-les d’abord avec une bonne mousse
Qui sera le prélude à ce joyeux sabbat.

Gibus: J’aurais pas fait comme ça.

Scène 3

Entrent Louvreur et le reste des cliquards

Louvreur: Entrons, mes bons amis. Salut à toi, Baron.

Baron: Bonsoir, et entrez donc. Soyez ici chez vous;

Gibus: Salut à toi, Louvreur. Or donc, je me dévoue
Pour offrir cette bière à nos joyeux lurons.

Louvreur : J’ai porté avec moi ce flacon de liqueur
Fait de plantes en tout genre macérées dans l’alcool.
Il réchauffe les bronches comme un feu de pétrole
coulant dans nos gosiers, le doux Jägermeister.

Baron: Gardons nous de laisser ce breuvage aux veneurs.
Tu connais mes faiblesses, mes penchants et mes goûts;
Foin de triste bibine qui me porte au dégoût,
Enclenchons hardiment la vitesse supérieure.

Gibus: Permet donc, cher ami, que je t’interroge
Sur les récents progrès de votre grand chantier.
C’est un vaste projet, imposant et entier
Une entreprise audacieuse et digne d’éloge.

Louvreur: Les travaux sont lancés, à l’Antre du Satyre.
Perdu dans les sous-bois, l’endroit n’est plus que ruine,
Une ferme oubliée, au flanc d’une colline,
Que dans un fier élan nous allons rebâtir.
Nous avons bel espoir, avant un rude hiver,
De relever les murs et de poser un toit
Un abri bien chauffé sous lequel on festoie
Pour plonger dans l’oubli nos douloureux revers.
Depuis que récemment sont installés au Val
De jeunes loups aux dents longues, aux appétits féroces,
Et qui font un grand cas des succès du négoce,
Rachetant les demeures à bien moins qu’elles ne valent;
Depuis lors, c’est connu, il est plus que courant
Que de voir à la rue des familles d’ouvriers.
Leur futurs au déclin,leurs destins ont vrillé,
Et leurs vies se raccrochent à cet espoir mourant.
Mais allons, mes amis, trêve de bavardages
Puisque d’ores et déjà nous sommes tous présent,
Je sens monter en moi le besoin oppressant
D’enfin crever l’abcès, pour reprendre l’adage.
Discutons sans délai et sans nul préambule.
Groupons nous à l’entour de cette vaste tablée
De souillures d’antiques vinasses criblée
Pour, sans plus de report, tenir conciliabule.