Présentation du grand festin, acte I Sc 1

Mes chers petits amis.

Je vous écris du fond du fiacre qui me conduit vers la vieille valette pour notre bivouac estival, cabaretier et chapitalien. Ballotté sans répit par les irrégularités des voies, sournoisement combinées au manque de vitalité des suspensions du véhicule, je profite de la vacuité temporaire de mon esprit décadent pour vous faire parvenir des nouvelles du Grand Festin, le très lointain projet d’opéra punk auquel nous consacrons toutes nos forces vives entre deux activités plus urgents, parce que franchement, cet été, faut tenir le rythme entre les résidences, la gestion du matos, l’orga et les représentations.

Voici donc en avant-avant-…-avant-première, les premières tentatives de composition de la scène 1 du premier acte, intitulée « le monologue du Baron Noir ».

La scène introduit le personnage du Baron Noir, dandy décadent et noble déchu que certains connaissent déjà au travers des différentes chroniques précédemment publiées, et que les plus chanceux on pu croiser au détour d’un cabaret de pleine lune.

Pour rappel, il s’agit d’une compo sur partition, interprétée par le logiciel Musescore. Le travail avec des instrumentistes authentiques changera encore beaucoup de choses. Veuillez également prendre en considération le fait que la partie du cor est sensée figurer le chant.
Quand au texte, il convient de signaler qu’il s’agit à l’origine de la parole sacrée du Baron lui-même, et que je me suis contenté de versifier son propos en espérant ne pas le trahir.

J’espère sincèrement, mes chers petits amis, que vous prendrez plaisir à découvrir ces nouvelles directions musicales. A bientôt pour la suite.

Lucien Trotzdem, MC

Acte I

Dans la grande salle du château. Une cheminée, une grande table. L’ensemble est sale et vétuste.

Scène 1

Le Baron, seul, près de la cheminée.

Baron:

Dès les premiers émois de ma plus tendre enfance,
Mon cœur si délicat, aux vents toujours offert,
Incline à tout désir, pourvu qu’il soit pervers.
Mon âme toute entièr baignée de décadence.

Ce que, par dessus tout, à l’aube de ma vie,
Tremblant je désirais, ce doux rêve impossible!
Être un camion poubelle, immense et invincible
Qui sillonne les rues au gré de ses envies.

Non pas un éboueur, mais un camion poubelle.
Dix-neuf tonnes d’acier, un monstre de métal,
S’enfonçant dans la nuit, imposant et létal
Le moteur rugissant crachant ses décibels

Je me berçais de troc, de récup’, de bidouilles;
Mon imagination, bouillonnante et féconde,
Blasée par le réel se racontait un monde
Empli de roues dentées, de pignons et de rouille.

Mais me voici ce soir, au château parental,
Le cœur de mon domaine, ce funeste héritage
Que, malheur, je ne dois qu’au hasard d’un lignage,
Une noblesse de titre, un piètre piédestal.

Que tonne la onzième heure, en cette longue nuit
Et que sonne le glas de ce tourment trop rude
Les ombres éclaireront ma noire solitude
Et pour un bref instant tromperont cet ennui

Car les joyeux drilles, esprits de la vallée,
Et la plus fine fleur, crème du caniveau,
Le gratin du trottoir, ce soir monte au château,
Le Baron Noir invite sa clique à la veillée.

De l’antique portail j’entends les gonds grinçants
Et des pas dans la cour qui battent le pavé;
Voici mes compagnons, la meute dépravée
Entonnons-avec eux un chant retentissant.